Nous sommes en carême,
Temps maigre pour les gueux,
Mais bien gras tout de même
Pour ceux qui sont heureux.
Le Carême est antique
Et vieux comme le temps;
Tout peuple le pratique
Et fait les Quatre-Temps.
C'est une loi divine:
Car en cette saison
Le boeuf cornu rumine
Autrement qu'un poisson.
C'est une loi humaine:
Car l'homme, à ce moment,
Aura compris sans peine
Qu'il lui faut un calmant.
L'habitude a sa rime
Autant que sa raison;
Et toute chose exprime
Une haute leçon.
Pourquoi rire , ô mam'selle,
En l'au soixante-neuf,
Quand maigre est la sarcelle,
Tandis que gras est l'oeuf?
C'est mot de bréviaire,
Et chacun nous répond:
"Sarcelle de rivière !
Oeuf qu'une poule pond!"
Il ne faut donc point rire
Toujours en follement;
Car l'on pourrait sourire
Aux railleurs mêmement.
Mais de tous les Carêmes
Le plus dur à la dent,
Et qui fait les peaux blèmes,
C'est.... c'est le Ramadan.
Le Musulman, sans filles,
Pendant soixante jours,
S'écrase sur ses quilles
Et se sèvre d'amours.
Saturday, January 31, 2015
Thursday, January 29, 2015
"Etonnements" par Jean Gribouille (Le Louisianais - 13 février 1869)
Mes amis, je m'étonne,
-- Etonnez vous aussi!
En apprenant qu'il tonne
En hiver, par ici.
Et je m'étonne encore,
Tout naturellement,
De voir ce qui décore
Le large firmament.
La lune, les étoiles,
Sont miracles donnés.
Plus vous levez les voiles,
Plus vous vous étonnez.
Et vous pouvez peut-être,
En voyant de beaux yeux,
Doucement reconnaître
Que l'amour est aux cieux.
Toute choses est miracle,
Depuis le vin sucré
Jusqu'au grand tabernacle,
Du mystère sacré.
Et la rose et la femme,
Et la vierge et l'oiseau,
Et le coeur et la flamme?
C'est protige, et c'est beau.
L'esprit le plus sublime
En ses élancements
Frisonne, craint, s'abîme
En longs étonnements.
Mais Mathews déifie,
Le puits et le ruisseau,
Cela me térrifie,
Autant qu'un basin d'eau.
Mathews était d'Irlande
Où Patrice était saint,
En portant houppelande,
De Père Capucin.
-- Etonnez vous aussi!
En apprenant qu'il tonne
En hiver, par ici.
Et je m'étonne encore,
Tout naturellement,
De voir ce qui décore
Le large firmament.
La lune, les étoiles,
Sont miracles donnés.
Plus vous levez les voiles,
Plus vous vous étonnez.
Et vous pouvez peut-être,
En voyant de beaux yeux,
Doucement reconnaître
Que l'amour est aux cieux.
Toute choses est miracle,
Depuis le vin sucré
Jusqu'au grand tabernacle,
Du mystère sacré.
Et la rose et la femme,
Et la vierge et l'oiseau,
Et le coeur et la flamme?
C'est protige, et c'est beau.
L'esprit le plus sublime
En ses élancements
Frisonne, craint, s'abîme
En longs étonnements.
Mais Mathews déifie,
Le puits et le ruisseau,
Cela me térrifie,
Autant qu'un basin d'eau.
Mathews était d'Irlande
Où Patrice était saint,
En portant houppelande,
De Père Capucin.
Wednesday, January 28, 2015
"Larme" par Jean Gentil (Le Louisianais - 6 février 1869)
C'est une vieille dames
De plus de nonante ans;
Elle fut jadis femme,
Comme on l'est au printemps.
Mais la pauvre vieillotte,
Par crainte de l'hiver,
Doucement s'emmaillotte
En son chaud pet-en-l'aire.
Il n'est plus de caresses,
De baisers, de rayons,
De sauves ivresses
Pour les vieux cotillons.
La ride est jaune et creuse;
Un chicot, de planton
Sur une lèvre affreuse,
Surveille le menton.
L'âge a fondu la neige
Qui blanchissait le sein,
Et les deux perce-neige
Font un triste dessein.
Mais pas de railleries
Sur l'hiver et ses fleurs:
Respect aux vieilleries,
Ou bien encor des pleurs.
Elle aime, fut aimée;
Elle eut de blanches dents,
L'haleine parfumée,
Des roses, et vingt ans.
Et maintenant encore,
Si vous l'examinez,
Voyez, qu'un rayon dore
Une larme à son nez.
Ah! ne sois pointe impie,
Jeune homme de deux jours!
C'est la sainte roupie
Des dernières amours.
De plus de nonante ans;
Elle fut jadis femme,
Comme on l'est au printemps.
Mais la pauvre vieillotte,
Par crainte de l'hiver,
Doucement s'emmaillotte
En son chaud pet-en-l'aire.
Il n'est plus de caresses,
De baisers, de rayons,
De sauves ivresses
Pour les vieux cotillons.
La ride est jaune et creuse;
Un chicot, de planton
Sur une lèvre affreuse,
Surveille le menton.
L'âge a fondu la neige
Qui blanchissait le sein,
Et les deux perce-neige
Font un triste dessein.
Mais pas de railleries
Sur l'hiver et ses fleurs:
Respect aux vieilleries,
Ou bien encor des pleurs.
Elle aime, fut aimée;
Elle eut de blanches dents,
L'haleine parfumée,
Des roses, et vingt ans.
Et maintenant encore,
Si vous l'examinez,
Voyez, qu'un rayon dore
Une larme à son nez.
Ah! ne sois pointe impie,
Jeune homme de deux jours!
C'est la sainte roupie
Des dernières amours.
Tuesday, January 27, 2015
"Salomon" par Jean Gentil (Le Louisianais - 30 janvier 1869)
Malgré l'apothéose
Des progress souverains,
Le monde a l'ankylose
Et mal au bas des reins.
Boule aérostatique,
Vapeur et liberté,
Cela n'est que boutique,
Et l'homme est écourté.
La cuirasse guerrière
De l'aîeul des vieux temps
Couvrirait le derrière
De nos maigres enfants.
Qui donc mettrait son masque
De citoyen bourgeois
Sous le terrible casque
Du premier des François?
Nos fils sont rachitiques,
Rabourgis, impuissants;
Nos filles sont étiques
Et meurent à vingt ans.
Deux verres de Champagne,
A la fin d'un repas,
Font battre la campagne,
Et tricoter le pas.
O poussifs, petits êtres,
D'un siècle à laid surtout,
Les vieux étaient nos maîtres
En amour comme en tout.
Salomon, par centaines,
Les comptait sans effroi,
Toutes étant certaines
Qu'il était puissant roi.
Des progress souverains,
Le monde a l'ankylose
Et mal au bas des reins.
Boule aérostatique,
Vapeur et liberté,
Cela n'est que boutique,
Et l'homme est écourté.
La cuirasse guerrière
De l'aîeul des vieux temps
Couvrirait le derrière
De nos maigres enfants.
Qui donc mettrait son masque
De citoyen bourgeois
Sous le terrible casque
Du premier des François?
Nos fils sont rachitiques,
Rabourgis, impuissants;
Nos filles sont étiques
Et meurent à vingt ans.
Deux verres de Champagne,
A la fin d'un repas,
Font battre la campagne,
Et tricoter le pas.
O poussifs, petits êtres,
D'un siècle à laid surtout,
Les vieux étaient nos maîtres
En amour comme en tout.
Salomon, par centaines,
Les comptait sans effroi,
Toutes étant certaines
Qu'il était puissant roi.
Monday, January 26, 2015
"Mes Gloires, a mon vieux père" par Jean Gentil (Le Louisianais - 23 janvier 1869)
Quand je quittai la France,
J'étais Républicain;
J'ai la même croyance
Etant Américain.
J'ai vieilli; je suis sage
Un peu plus qu'à vingt ans;
Toutefois mon visage
N'a pas de cheveaux blancs.
Après tout, ô mon père,
Qu'ai-je dit, qu'ai-je fait
Sur la terre étrangère
De triste ou de parfait?
Cinq enfants frais et roses
Me déclarent papa,
Et je cueilli des roses
Quand ton fils galopa.
J'ai bâché plus d'un livre,
--Roman, fort peu divin.
Ne faillait-il pas vivre,
Et boire un peu de vin?
Des plaisants de Saint-Jacques
M'ont nommé marguillier;
Et je ferai mes Pâques,
Comme un bon caloyer
Maintenant je suis père
D'une jeune cite,
Dont je serai le Maire
Par écharpe au coté.
Je pourrais donc sans crainte,
Et presque glorieux,
Aller en terre sainte,
Dans un recoin des cieux.
Dieu seul saurait vous dire
Si j'ai fait quelqu'un bien;
Moi, je n'ose médire,
Etant pauvre chrétien.
Cependant sur la terre
De séparation,
Je desire, ô mon père,
Ta benediction.
J'étais Républicain;
J'ai la même croyance
Etant Américain.
J'ai vieilli; je suis sage
Un peu plus qu'à vingt ans;
Toutefois mon visage
N'a pas de cheveaux blancs.
Après tout, ô mon père,
Qu'ai-je dit, qu'ai-je fait
Sur la terre étrangère
De triste ou de parfait?
Cinq enfants frais et roses
Me déclarent papa,
Et je cueilli des roses
Quand ton fils galopa.
J'ai bâché plus d'un livre,
--Roman, fort peu divin.
Ne faillait-il pas vivre,
Et boire un peu de vin?
Des plaisants de Saint-Jacques
M'ont nommé marguillier;
Et je ferai mes Pâques,
Comme un bon caloyer
Maintenant je suis père
D'une jeune cite,
Dont je serai le Maire
Par écharpe au coté.
Je pourrais donc sans crainte,
Et presque glorieux,
Aller en terre sainte,
Dans un recoin des cieux.
Dieu seul saurait vous dire
Si j'ai fait quelqu'un bien;
Moi, je n'ose médire,
Etant pauvre chrétien.
Cependant sur la terre
De séparation,
Je desire, ô mon père,
Ta benediction.
Sunday, January 25, 2015
"Le Diable." par Jean Gentil (Le Louisianais - 16 janvier 1869)
Pourquoi, Philosophie,
Doutes-tu de Satan,
Quand la Théologie
En parle tant et tant?
Au monde sublunaire
Le Diable n'est point
Un être imaginaire
Sans culotte et pourpoint.
Qui donc tente la femme,
L'homme et les étourdis?
Qui donc pousse notre âme
Par les sentiers maudits?
Le peuple le redonte,
Et Faust y croyait bien;
Car le docteur qui doute
Est un puissant vaurien.
On dit même sur terre
Qu'il s'incarna longtemps
En Monsieur de Voltaire,
Le roi des vrais Satans.
La chose est bien possible,
Et nous croyons encor
Que c'est lui, dans la Bible,
Qui dressa le Veau d'Or.
Quand le crime a son heure
De resplendissement,
Quand la charité pleure,
Honnie et tristement.
Quand les maîtres du monde
Sont de grands scélérats,
Hantant la bauge immonde
Des porcs et des verrats;
Et que l'on pilorie,
Pour le plaisir des yeux,
L'humanité qui prie
Et tend les bras aux cieux,
Hélas! Il nous faut croire
Au Satan de minuit
Qui nous promets la gloire
Et nous donne la nuit.
Oui, mais cet hemisphere
Est un impur séjour,
Et je sais une sphère
Où Dieu s'appelle l'Amour.
Doutes-tu de Satan,
Quand la Théologie
En parle tant et tant?
Au monde sublunaire
Le Diable n'est point
Un être imaginaire
Sans culotte et pourpoint.
Qui donc tente la femme,
L'homme et les étourdis?
Qui donc pousse notre âme
Par les sentiers maudits?
Le peuple le redonte,
Et Faust y croyait bien;
Car le docteur qui doute
Est un puissant vaurien.
On dit même sur terre
Qu'il s'incarna longtemps
En Monsieur de Voltaire,
Le roi des vrais Satans.
La chose est bien possible,
Et nous croyons encor
Que c'est lui, dans la Bible,
Qui dressa le Veau d'Or.
Quand le crime a son heure
De resplendissement,
Quand la charité pleure,
Honnie et tristement.
Quand les maîtres du monde
Sont de grands scélérats,
Hantant la bauge immonde
Des porcs et des verrats;
Et que l'on pilorie,
Pour le plaisir des yeux,
L'humanité qui prie
Et tend les bras aux cieux,
Hélas! Il nous faut croire
Au Satan de minuit
Qui nous promets la gloire
Et nous donne la nuit.
Oui, mais cet hemisphere
Est un impur séjour,
Et je sais une sphère
Où Dieu s'appelle l'Amour.
Saturday, January 24, 2015
"Peine de mort." par Jean Gentil (Le Louisianais - 9 janvier 1869)
On raconte qu'à Rome
Un prise a mis à mort
Un homme, puis un homme,
Par le droit du plus fort.
Ce prince est-il apôtre
D'un Dieu de vérité?
Non, car l'un n'est pas l'autre,
Justice étant bonté.
Le grand Livre des Livres
Dit: "Tu ne tueras pas!"
Est-ce toi qui délivres
De la vie au trépas?
Or, nulle loi humaine
Ne portera le sceau
De vengeance et de haine
De sang et de bourreau.
Dieu seul, le puissant Maître,
Peut réduire à néant;
Car lui seul donne l'être,
Et lui seul le reprend.
Encore, ô pauvres bêtes
D'instincts et d'appétits,
Vous qui frappez les têtes
Des grands et des petits,
Oserez-vous bien dire
Que Dieu, le Créateur,
Se complait à maudire,
Qu'il est un destructeur?
Il nous donne la vie;
Mais en la reprenant
Croyez-vous qu'il replie
L'âme pour le néant?
Non pas, car il transforme,
Dans la grande clarté,
La creature informe
En ange de beauté.
Un prise a mis à mort
Un homme, puis un homme,
Par le droit du plus fort.
Ce prince est-il apôtre
D'un Dieu de vérité?
Non, car l'un n'est pas l'autre,
Justice étant bonté.
Le grand Livre des Livres
Dit: "Tu ne tueras pas!"
Est-ce toi qui délivres
De la vie au trépas?
Or, nulle loi humaine
Ne portera le sceau
De vengeance et de haine
De sang et de bourreau.
Dieu seul, le puissant Maître,
Peut réduire à néant;
Car lui seul donne l'être,
Et lui seul le reprend.
Encore, ô pauvres bêtes
D'instincts et d'appétits,
Vous qui frappez les têtes
Des grands et des petits,
Oserez-vous bien dire
Que Dieu, le Créateur,
Se complait à maudire,
Qu'il est un destructeur?
Il nous donne la vie;
Mais en la reprenant
Croyez-vous qu'il replie
L'âme pour le néant?
Non pas, car il transforme,
Dans la grande clarté,
La creature informe
En ange de beauté.
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